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1939-1945 : des camps à la liberté, témoignage de Mr Marcel Bronzina.

1939-1945 : des camps à la liberté

TEMOIGNAGE de Monsieur Marcel BRONZINA
Président du Comité des Déportés de Montréal-La Cluse
Combattant volontaire de la Résistance
Déporté matricule n° 59 652
Palmes académiques
Maire-Adjoint honoraire de Montréal-La Cluse.

Nous remercions Monsieur Marcel BRONZINA de son aimable autorisation de publication sur ce site,

…afin que la mémoire demeure.

PREAMBULE
quelques dates :
– 3 septembre 1939 : déclaration de la guerre
– 14 juin 1940 : Paris est occupé
– 25 juin 1940 : entrée en vigueur de l’armistice
– 22 juin 1941 : entrée en guerre de l’U.R.S.S contre l’Allemagne
– 1944 : libération de la France
– 1944-1945 : bombardements alliés
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– 1940 : le régime de Vichy crée les camps pour juifs
– 1942 : on compte environ 30.000 internés communistes ou gaullistes
– 1943-1944 : rafles à NANTUA et dans les environs, rafles en Bugey et Valromey, déportation de la colonie d’enfants d’IZIEU, rafles d’OYONNAX , destruction de DORTAN, libération de PARIS, libération de BOURG
– 1944-1945 : évacuation des camps de Déportés
– 24 mai 1945 : suicide d’HIMLER, chef des SS et des camps de déportation
– 1945 – avril : les premiers Déportés rentrent en France et dans l’Ain

De l’Ain au camp de Compiègne « vers la Déportation »

Le 12 février 1944, à Génissiat, je suis arrêté avec une quarantaine de camarades par les troupes allemandes et la milice, au cours de représailles contre les maquis du Plateau de Retord qui se retirent en Savoie, et passent par Génissiat où ils ont la possibilité de traverser le Rhône.
Deux à trois cents personnes sont arrêtées, mais après un tri, nous restons une quarantaine.
Après l’arrestation, vers 17 h., transports en camions à SEYSSEL où nous passons la nuit du 12 au 13 dans une école, assis aux tables des élèves.

Le 13 au matin,transfert en camions à LYON ( prisons de la SANTE et MONTLUC ), pour interrogatoire. Après quelques jours, nous rejoignons COMPIEGNE par chemin de fer, où nous restons jusqu’au 20 mars 1944.

Des prisons aux camps de déportation : les trains de la mort

Après celui de BUCHENWALD, le camp de MAUTHAUSEN fut celui qui reçut le plus de Français.
8203 Français n’en reviendront pas.

21 mars, départ en wagons à bestiaux jusqu’à MAUTHAUSEN.

Transport particulièrement pénible au cours duquel quelques camarades deviennent fous. Certains hurlent.

Si le train stoppe pour une raison quelconque, alors les SS n’hésitent pas à tirer au hasard dans les wagons.
Plusieurs tentatives d’évasion sont vite réprimées. Arrêt immédiat du convoi, que ce soit dans une gare ou en rase campagne.
Evacuation alternative de tous les wagons avec obligation de ne conserver que le pantalon, c’est-à-dire de se démunir des pardessus, vestes, chemises, chaussures…

Tous ces articles sont rassemblés pêle-mêle dans un seul wagon dont les occupants se trouvent répartis ailleurs, d’où un tassement encore plus insupportable que les SS parviennent à obtenir en hurlant, en distribuant des coups de pieds, de crosses, de cravaches.
Pendant tout le trajet, une fois seulement, nous avons droit à une boisson chaude, espèce de tisane servie dans un petit récipient en carton.
Chacun descend et attend son tour.

Pour essayer de perdre le minimum de ce précieux liquide, nous remontons lentement dans le wagon, mais un magistral coup de pied produit l’effet inverse et nous pouvons tout juste humecter nos lèvres.

A la gare de MAUTHAUSEN, un bon nombre de SS, accompagnés de leurs chiens, nous attendent.
Il fait froid et nous descendons des wagons avec nos seuls pantalons.
Les vêtements, chaussures, sont jetés sur le quai.
Les coups pleuvent à nouveau.
Il faut faire vite pour prendre l’indispensable.
Dans ce méli-mélo et se mettre en rang par cinq.
Peu importe, dès l’arrivée au camp, tout nous sera retiré, même les alliances, les montres…
La colonne s’ébranle.
De temps à autre, on entend un coup de feu.
Un camarade qui ne peut suivre vient d’être assassiné.

L’EVACUATION DES CAMPS DE DEPORTES

Evacuation et libération du Kommando de LINZ :
Fin avril, début 1945, les survivants du camp de LINZ entendent un bruit sourd dans le lointain.
Apparemment, ce grondement se précise…
Nous savons , grâce aux prisonniers de guerre français transformés en travailleurs libres occupés à l’usine GOERING (fabrique de chars « tigre ») que les troupes alliées se rapprochent.
C’EST DU PEU.
Nous nous trouvons pratiquement à la jonction des armées américaines et soviétiques.
Mais par qui serons-nous libérés?
Le 5 mai au matin, nous sommes tous rassemblés sur la place d’appel.
SURPRISE : un demi pain à chacun et, peu à près, une interminable colonne s’ébranle
Que se passe-t-il ? Habituellement, notre ration de pain beaucoup plus réduite, est distribuée le soir au retour du travail.
D’autre part, nous ne prenons pas la direction de l’usine GOERING, mais le sens opposé.
Nous suivons des voies de chemin de fer et bientôt traversons le Danube.
Après plusieurs heures de marche, nous nous retrouvons dans les bois, et l’ordre nous est donné de s’arrêter.
Nous comprenons alors que le chef de camp a décidé de faire procéder à l’évacuation du camp avant l’arrivée des troupes libératrices.
Mais que vont-ils faire de nous ? chacun s’interroge.
L’attente devient interminable.
Deux à trois heures se sont écoulées. Soudain, coups de sifflet, et, de nouveau rassemblement ; le bruit circule que nous retournons au kommando qui a été libéré.
Effectivement, nous empruntons le même chemin qu’à l’aller : peu avant notre arrivée, arrêt.
Des coups de feu retentissent.
Les camarades infirmiers et médecins, ont par surprise désarmé leurs sentinelles et viennent à notre rencontre.
Quelques SS qui nous encadrent, tentent vainement de résister.
Bientôt nous voici à nouveau sur la place d’appel.
Les miradors sont vides et chose étrange, nous n’apercevons ni soldat américain, ni soldat russe.
Les libérateurs américains sont déjà repartis pour détruire les derniers nids de résistance et sans doute libérer d’autres kommandos et la camp cental de MAUTHAUSEN.
C’est du délire.

Nous nous embrassons tous sans distinction de nationalité et rejoignons nos blocks respectifs ; mais nous n’avons pas de répit ; il nous faut ressortir des baraques presque aussitôt.
Les cuisines des SS ont été dévalisées et la distribution de victuailles commence.
C’est la ruée ! Pour la première fois depuis des mois, voire des années pour certains, le rétrécissement des estomacs aidant, nous mangeons à notre faim.
La nuit est calme.

Le 6 au matin, le camp semble désert ; nous restons en effet peu nombreux, car les Russes sont partis pour essayer de joindre l’Armée Rouge qui doit être proche.
Q’allons nous devenir ? Des groupes se forment et chacun émet des hypothèses sur notre retour.
Fort heureusement, des prisonniers de guerre français viennent de nous rejoindre et décident de nous emmener avec eux.
Après une bonne réception, nous passons à la désinfection ; nos tenues rayées sont brûlées et nous recevons des vêtements civils.
Ainsi pendant quinze jours, nous partageons la vie des P.G. et retrouvons également des STO dans un autre camp proche.
Quelquefois, l’ordinaire est amélioré par du ravitaillement en provenance des fermes voisines, ramené par des Français, ce qui nous permet de prendre quelques forces et kilos.

Le retour des Déportés

DE DACHAU ET MAUTHAUSEN PAR LA SUISSE

Dans le camp de MAUTHAUSEN libéré, malgré une existence nettement améliorée depuis une quinzaine de jours, le « leitmotiv » , c’est notre retour.
Hélas, l’aéroport de LINZ est engorgé par le va et vient des troupes alliées et tous les rapatriements divers.
Le jour tant attendu arrive et c’est par un convoi de camions GMC américains que commence l’opération retour dans notre patrie.
Assis sur des bancs de bois sans aucun confort, ballotés dans tous les sens, les os entrant dans la chair, nous atteignons la frontière suisse.
Excellente réception des autorités suisses qui mettent un train sanitaire à notre disposition et nous ravitaillent.
Puis c’est le départ pour MULHOUSE où nous attend une réception identique de la part des organismes Français.
Hélas, sur le quai, nous devons supporter des moments très pénibles.
Des parents s’inquiètent d’un époux, d’un père, d’un fils, d’un frère…Avez-vous connu untel ?
Quoi répondre, puisque pour la plupart du temps, nous ne connaissions pas !
Nous sommes alors pris en charge par la Croix Rouge.
Interrogatoire : quand avez-vous été arrêté ?
Où ?
Pour quelles raisons ?
D’où venez-vous ?
Avez-vous eu des maladies en déportation ?
Lesquelles ?
Enfin, nous adressons un télégramme à la famille et nous nous restaurons.
Après d’ultimes recommandations, lettres, visites, c’est la séparation.
Quand nous reverrons-nous?
Ces amis qui ont partagé notre vie pendant des mois ?
Nous nous retrouvons quelques uns pour le Sud.
A LYON, nouvelles séparations…
Dans notre malheur, fort heureusement les cheveux tondus et la raie au milieu de la tête permettent de nous faire reconnaître, et des chauffeurs de voitures et camions ne se font pas prier pour nous prendre en charge.

Retour à la vie

Le 23 mai 1945 après-midi, je retrouve mes parents.
Emotion extrême ! Pleurs.
Mais je m’inquiète aussitôt de mon frère prisonnier et de mon beau-frère arrêté également le 12 février 1944, transféré en même temps que moi à MAUTHAUSEN et que je n’ai jamais revu.
Il me rejoint dans la soirée et mon frère n’arrive que la semaine suivante.
Par deux fois, c’est la même émotion que lors de ma propre arrivée.
Dès le 24 mai commencent les visites des familles.
Nous savons que certains ne reviendront pas.
Par contre, avec d’autres, dont nous sommes trouvés séparés simplement par ordre alphabétique, nous ne pouvons rien affirmer.
Moments tragiques difficilement supportables, mais auxquels il n’est pas possible de se soustraire.

Nous venons de publier le témoignage de Monsieur Marcel BRONZINA.
NOUS NE POUVONS QUE NOUS INCLINER DEVANT TANT DE SOUFFRANCES , ECRITES SANS HAINE, MAIS AVEC UNE LUCIDITE QUI NOUS FAIT FROID DANS LE DOS.
MERCI MONSIEUR MARCEL BRONZINA POUR VOTRE TEMOIGNAGE POIGNANT.

Témoignage transcrit par Raymond Burgod.

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